Pour un droit à la mobilité comme nouveau fondement de la coopération internationale

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Un état des lieux nécessaire

Différents réseaux de la société civile n’ont cessé de faire valoir ces dernières années les migrations comme un  fait social mondial structurel aux différences entre les sociétés. Le paysage migratoire au niveau mondial n’en a pas moins été profondément modifié depuis les années 90 avec comme changements marquants :

  • Une diversification des profils des personnes migrantes : aujourd’hui toutes les catégories sociales sont concernées, on observe par exemple une hausse importante du nombre d’étudiants au niveau mondial, celui-ci ayant quadruplé en 30 ans comme au niveau français ou européen. Les femmes sont de plus en plus nombreuses à migrer du fait de l’accès accru à la scolarité. Elles représentent aujourd’hui la moitié des 105 millions de migrants internationaux dans le monde.
  • Une diversification des causes de migrations : aux causes largement connues telles que les raisons économiques et les guerres, s’ajoutent la désertification ou les inondations. Peu de chiffres sont actuellement disponibles, l’OIM estime à 200 millions le nombre de personnes qui seront déplacées en raison de crises environnementales d’ici 2050.

Pour autant, contrairement à certaines affirmations, les flux migratoires augmentent peu, avec une hausse de 0,2% ces 10 dernières années (OIM). Les populations migrantes concernent à peine plus de 3 % de la population mondiale. Des travaux de chercheurs mettent en cause l’illusion entretenue par certains partis politiques, d’une « invasion », en provenance en particulier des pays d’Afrique Susaharienne. Les migrations dites internes ou intra-régionales (entre pays d’une même région ou à l’intérieur d’un même pays) sont plus importantes quantitativement que les migrations dites internationales, notamment celles entre l’Afrique et l’Europe. Pour ne prendre que l’exemple de l’Afrique Subsaharienne, 86% des migrations sont intra-régionales (7,3 millions de personnes).

La mobilité : un nouvel idéal social

Manifestation Ile de Gorée, 2011
Charte des migrants, Ile de Gorée, 2011

Cette réalité des migrations doit être corrélée avec l’autre constat étayé par plusieurs études que ceux qui migrent ne sont pas les plus pauvres, la mobilité demande des ressources minimales que tous ne possèdent pas. Les plus pauvres sont, eux, assignés à résidence, contraints de se contenter des ressources disponibles, souvent menacées, localement.

Pour reprendre les termes d’Hélène Flautre, députée européenne : « Le monde n’est pas une réserve de ressources humaines ou naturelles dans laquelle les Etats occidentaux peuvent puiser a l’envie pour gérer leurs petites affaires. »

La mobilité internationale est devenue bien plus qu’une réalité sociale. Elle est désormais un idéal social caractéristique de la mondialisation de ceux qui ont la liberté et les moyens de circuler. Cet idéal n’est pas accessible ou pas suffisamment pour tous.

Face à la complexité des phénomènes migratoires actuels, face à la puissance de cet idéal social de mobilité, les gouvernements des Etats d’accueil opposent une attitude de défense et de protection systématique qui, en dépit de ses coûts financiers et humains, ne peut être sur le moyen terme qu’inefficace tant elle est inadaptée aux enjeux. En prétendant mettre les migrations au cœur de la coopération avec les Etats d’origine, les gouvernements des pays d’accueil mettent la réduction des migrations en balance avec l’aide au développement.

A la conquête d’un droit à la mobilité pour tous !

Enda Europe s’engage avec d’autres en faveur d’un droit à la mobilité comme fondement d’une nouvelle approche des migrations et de nouveaux rapports de coopération Nord-Sud autour de la migration mais pas seulement.

En effet, reconnaître et promouvoir un droit à la mobilité c’est d’abord refuser le partage entre ceux qui ont les moyens de la mobilité et ceux qui sont assignés à résidence, par un meilleur partage des richesses, par la reconnaissance pratique de ce droit à quitter un territoire donné lorsque la vie de ceux qui restent est menacée comme l’illustrent les récentes « révolutions arabes ».

C’est ensuite reconnaître et faire reconnaître les bénéficies pour tous d’une mobilité sécurisée, accompagnée et aider à assurer les conditions de cette sécurité, en garantissant notamment le droit de rester à ceux qui souhaitent par exemple pouvoir travailler dans des conditions décentes dans leur pays d'origine. Cela engage aussi la responsabilité des gouvernements de certains Etats d’origine qui tendent d’avantage à encourager les départs, conscients des contre-parties importantes en terme de transferts de fonds et à cultiver des réflexes clientélistes dans l’accès à la formation et à l’emploi.

Hélène Flautre, députée européenne
Hélène Flautre, députée européenne

« Le rapport de 2009 des Nations Unies sur le développement humain intitule « Lever les barrières » démontre par tous les indicateurs de développement humain, bien plus convaincants que le PIB par habitant, qu’il y a un bénéfice partage entre les pays d’accueil et ceux d’origine à lever les barrières pour organiser, faciliter et accompagner les mobilités. Ces bénéfices réciproques sont d’autant plus élèves que les droits des personnes migrantes sont respectes. »

(Hélène Flautre le 11 mai 2011 communiqué de presse du rapport d’audit sur les politiques migratoires)